Don’t ever judge me

Il était une fois un jeune homme qui n’avait rien demandé à personne. Un beau jour, il reçut, par lettre, une convocation en guise d’ordre de marche, un papier lui sommant de se présenter à Lausanne pour passer un genre d’examen de recrutement censé déterminer son aptitude ou non à effectuer le service militaire obligatoire. Impavide, le protagoniste se résout, par politesse surtout, à se rendre donc à Lausanne dans l’optique de boucler ce fameux recrutement pour de bon. C’est ainsi qu’il fut amené à gaspiller une précieuse journée de sa courte existence en assistant à des conférences explicatives poussives du fonctionnement des débouchés de l’armée dans un premier temps, puis en passant divers tests psychotechniques sur ordinateur, dont les champs d’évaluations s’étendaient de la compréhension rationnelle jusqu’à la personnalité.
Plus tard dans l’après-midi, on lui annonce une nouvelle convocation, cette fois-ci dans le cabinet d’un psychologue. Manifestement, le programme de leur ordinateur central a dû repérer certaines réponses déviantes de sa part. Il s’ensuit alors une série de questions toutes plus plates les unes que les autres de la part du monsieur concernant l’état de santé actuel du jeune homme, dont notamment l’interrogation la plus profonde de tous les temps :

« Mais alors, vous pensez pouvoir faire l’armée oui ou non ? »

« Peu importe, ça m’est égal. » Lui répondit-il.

La journée s’achève par une brève visite chez un médecin, où ce dernier fait apprendre au protagoniste, à la suite d’un insoutenable suspense, qu’il est finalement inapte au service militaire et civil à la fois, et que ce n’est pas la peine de rester dans l’établissement pour passer les tests physiques du lendemain. Le jeune homme est donc libre de repartir :

« Fort bien. » Se disait-il.

La vie est pleine de dérision et d’ironie parfois, souvent même. Il existe sur terre des animaux répondant au nom d’humains, dont certains d’entre eux prétendent peut-être qu’à partir du moment où l’on a l’impression d’être éminent parce qu’on pense appartenir à telle ou telle catégorie de la population, de la société, on s’octroie naturellement le droit de pouvoir juger autrui, et même de décider son sort selon à quelle hauteur sociale on se classe, en lui envoyant des taxes arbitraires qu’il doit payer par exemple, peu importe qu’elles soient motivées objectivement ou pas. C’est d’une manière similaire que le protagoniste doit, depuis son bref passage à Lausanne, payer une taxe annuelle pendant un certain nombre d’années, parce que des individus ne connaissant pourtant rien de ce jeune
homme, et inversement, qu’importe ce que racontent les résultats de quelques examens psychotechniques anecdotiques, pensent subjectivement pouvoir lui faire cela. L’explication logique de cette situation se trouve dans le fait que la raison pour laquelle le protagoniste doit payer cette amande, c’est qu’il aurait dû fausser les résultats de ces tests en mentant cyniquement, sans vergogne, s’il voulait échapper à cette taxe punitive. Peut-être aurait-il pu être déclaré apte à effectuer ce service en agissant de la sorte, ainsi aurait-il pu rejoindre les autres recrues pour passer quelques mois à gagner quelques pièces en effectuant des tâches très intéressantes, passionnantes d’ailleurs, données par des petits chefs, telles que faire de la marche, du camping, s’amuser à manier des armes… C’est comme ça qu’on devient des hommes, des vrais, évidemment, même si pratiquer de telles activités ne rendent service à rien ni personne, objectivement, contrairement à d’autres comme soigner, éduquer, enseigner, aider autrui, etc. Comme si passer quelques mois à l’armée à faire des activités telles que celles citées en premier lieu ci-dessus équivaudrait largement à la somme totale virtuelle que le jeune homme en question devrait à l’organisation militaire, mais bien sûr. Pour conclure, n’importe quel système où l’on doit se résoudre à mentir cyniquement pour rentrer dans les convenances d’une organisation, peu importe sa nature, qu’elle soit militaire ou autre, afin d’échapper à une taxe par exemple, n’a aucune raison d’exister, même dans le cas d’un pseudo-devoir envers la nation.

« Nos devoirs, ce sont les droits que les autres ont sur nous. » -Friedrich Nietzsche