Il faut que je vous raconte…

Je m’appelle Nicolas, et je suis né à Genève. Je vais vous raconter comment un jour je suis arrivé dans votre église extraordinaire, une vraie ruche pleine d’abeilles, consacrée entièrement à l’accueil gratuit, sans aucun but religieux. J’ai découvert de près votre monde, le monde des migrants : vous êtes venus ici depuis beaucoup de pays différents.
Je vous vois apprendre courageusement le français et faire plein de choses. Il y a beaucoup de sourires dans cette église. Et ça malgré les difficultés souvent terribles, et aussi les humiliations, où vous luttez pour vivre.
Et j’ai découvert aussi celles et ceux qui vous aiment fraternellement, qui vous accueillent, qui vous aident comme ils peuvent. A trouver une place digne des êtres humains que nous sommes toutes et tous.
Mais il faut que je vous raconte comment je suis arrivé là, parmi vous. Je suis allé de découverte en découverte, comme si une magie me guidait vers vous. Vous allez voir :

Première découverte
Il y a deux ans, je suis allé par hasard écouter la conférence d’un leader paysan de l’Inde nommé Rajagopal. Je ne connaissais presque rien de l’Inde.
Il nous raconte comment il est allé quasiment tout seul rencontrer les paysans parmi les plus pauvres de l’Inde. Ils se faisaient enlever leurs terres par des compagnies multinationales.
Il a discuté avec elles et eux pour qu’ils reprennent courage et confiance dans leur dignité, pour qu’ils sortent de l’habitude d’être toujours écrasés depuis des générations. Et voilà, ils se sont mis ensemble, ils sont devenus une force, et ils ont obtenu des droits. Ensuite ils ne se sont pas contentés de lutter pour leurs villages, mais ils se sont organisés au niveau de la région. Ils ont fait des marches vers la capitale pour obtenir des garanties : d’abord ils ont marché à 5.000, puis à 25.000, puis à 50.000. En 2012 ils ont fait une marche de plus de 300km à 100.000 personnes, et ils ont gagné, des garanties de leurs droits sont maintenant inscrites dans la loi. Grâce à toutes ces actions plus de 1,5 millions de paysans ont retrouvé une terre où travailler.
Ça, c’est déjà une histoire qu’on a peine à croire, tellement nous sommes habitués à ce que nos droits soient méprisés et qu’on ne puisse rien faire. Ce que j’ai découvert là, ça semble magique, je vous ai averti. Ces marches victorieuses, ça a eu lieu, c’est la réalité. Mais le plus fou, je ne vous l’ai pas encore raconté.

Deuxième découverte
Rajagopal a continué à nous parler. Maintenant ils sont une organisation de plus de 200.000 membres, en majorité des femmes, (dans les villages, quand les femmes se mettent à organiser les choses, ça bouge !)
Et voilà, dans cette organisation ils ont discuté. Comment continuer ? Cette lutte des plus pauvres qui se font exclure, qui sont poussés à émigrer dans les villes où ils rencontrent des conditions de vie épouvantables, c’est une lutte qui concerne les exclus partout dans le monde. C’est important de lutter dans les villages, mais ça ne suffit pas. Il faut redonner courage et organiser la lutte PARTOUT avec les exclus et les plus méprisés du monde entier, avec toutes et ceux qui sont sans pouvoir.
Il faut construire une force planétaire d’abord avec toutes celles et ceux qui luttent pour survivre. Alors ils ont pris cette décision à peine croyable : ils organisent pour 2020 une marche depuis leur capitale, New Delhi, jusqu’à Genève : 10.000km, ils vont traverser 17 pays.

Troisième découverte
Je suis sorti de cette conférence très bouleversé. Cette proposition est géniale. Et moi, j’habite à Genève, comment vais-je faire pour participer à cette aventure incroyable ?
Eh bien, je vais vous raconter la découverte la plus importante, celle que je viens tout juste de faire. Le mois dernier j’ai appris que Rajagopal, celui qui avait fait cette conférence, venait quatre jours à Genève à mi-juillet pour organiser l’arrivée de la marche à Genève en septembre 2020. A ce moment aura lieu un Parlement des Sans Voix qui durera deux semaines. Des marches depuis Berlin, depuis Lyon, depuis Bruxelles, depuis l’Espagne arriveront à Genève en même temps que les Indiens.
Alors je me suis dit : il faut que j’organise une rencontre entre Rajagopal et les migrants et les sans pouvoir ici à Genève, c’est ça le plus important !
Pour organiser cette rencontre je suis allé voir beaucoup d’associations qui agissent à Genève avec les migrants et avec les personnes en situation précaire et qui luttent pour trouver une place digne dans cette ville.
J’ai alors rencontré des personnes extraordinaires. Des personnes qui agissent dans STOP BUNKER, BRISE FRONTIERES, LES JARDINS DE MONTBRILLANT, LA COULOU, et beaucoup d’autres. Et voilà, je suis arrivé à ESPACE SOLIDAIRE PÂQUIS.
Et là, tout s’est passé comme par magie. L’équipe m’a tout de suite dit : « Bien sûr, Nicolas, la rencontre pourra avoir lieu ici, on organisera un repas, on avertira tout le monde, on fera un article dans ENTRE DOS MUNDOS… Et voilà, dans cette église magique j’ai très vite rencontré beaucoup de personnes avec lesquelles j’ai commencé à tisser des liens d’amitié. C’est ça la découverte la plus importante que j’avais à vous raconter, c’est celle qui change ma vie à moi, à Genève.
Cette grande marche s’appelle JAI JAGAT, ce qui veut dire LA VICTOIRE DE TOUT LE MONDE.
Nous n’allons pas attendre 2020 : nous avons trois ans pour nous parler, agir encore plus ensemble, devenir une force plus grande à Genève. C’est bien ça, le but ?

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